ARN : trois lettres du dictionnaire humain
Imaginez
un meuble à tiroirs : c'est là une cellule. Chaque tiroir a une
fonction définie : le maintien de son intégrité est capital pour le
bien-être et le fonctionnement de notre organisme. Parmi ces multiples
compartiments de nos cellules : le nucléole. C'est avant tout le lieu
de synthèse des ribosomes mais on sait aujourd'hui que le nucléole
remplit également d'autres missions essentielles. Pourquoi s'intéresser
au nucléole ? Parce que c'est la " machine à fabriquer " les ribosomes
qui eux-mêmes fabriquent les protéines indispensables à la structure et
au fonctionnement de nos cellules. En d'autres mots, un
dysfonctionnement du nucléole peut expliquer certaines maladies
génétiques ou autoimmunes, parmi lesquelles certains cancers.
La théorie de l'auto-organisation
Le
nucléole est un " tiroir ", un compartiment dynamique auto-organisé :
ses constituants s'associent et se dissocient continuellement. Comment
se régissent cet assemblage et ce maintien ? Jusqu'à présent, on
l'ignorait. Il y avait pourtant une hypothèse, fort séduisante,
proposée par le professeur Prigogine : la théorie de
l'auto-organisation. Selon cette théorie, le maintien des systèmes
biologiques est régi par les interactions faibles, transitoires et
fonctionnelles de ses constituants. Restait à démontrer cette
hypothèse. C'est ce qu'a fait le laboratoire " Métabolisme de l'ARN " :
les résultats de sa recherche viennent d'être publiés dans la revue
américaine Molecular and Cellular Biology et paraîtront prochainement
dans Trends in Cell Biology.
Qu'ont
découvert les chercheurs de l'IBMM ? Ils ont identifié la protéine
Tgs1p et sa fonction. Et ils ont montré que Tgs1p agit comme une "
colle " qui assemble les différents constituants du nucléole. En
l'absence de Tgs1p, le nucléole est détruit, sa fonction est perdue. Et
en conséquence, l'individu risque de développer une maladie génétique
ou autoimmune…
Autre
sujet central de recherche pour le laboratoire de Denis Lafontaine :
les ribosomes. Ils fabriquent les protéines indispensables à la
structure et au fonctionnement de nos cellules. Le ribosome est
complexe, constitué de dizaines de composants. Le laboratoire "
Métabolisme de l'ARN " a réussi cette année à identifier et
caractériser plusieurs protéines requises à l'assemblage correct du
ribosome et donc à son rôle dans la fabrication des protéines. Ces
travaux ont notamment été publiés dans le RNA Journal.
Applications biomédicales
Fort
bien, et alors, me direz-vous ? Les recherches ici décrites sont
effectivement fondamentales, paraissant très en amont de toute
application clinique, elles qui utilisent comme principal modèle, la
levure. Pourtant, elles ont déjà abouti à des applications
biomédicales, à l'initiative de médecins. C'est d'ailleurs une
perspective qui séduit particulièrement Denis Lafontaine : " À
l'avenir, nous espérons englober dans nos travaux les applications
biomédicales et travailler en interaction avec des utilisateurs
potentiels, des cliniciens et des partenaires industriels. Nous
projetons par exemple d'identifier plusieurs protéines du nucléole qui
seraient impliquées dans le cancer ".
Nathalie Gobbe
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Créé voici moins de trois ans, le laboratoire " Métabolisme de l'ARN "
de l'Institut de biologie et de médecine moléculaires (IBMM) a déjà
plusieurs publications et avancées scientifiques à son actif. Coup de
projecteur sur une jeune équipe créée et dirigée par Denis Lafontaine
et qui est la seule en Belgique à travailler exclusivement sur l'acide
ribonucléique ou ARN.
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Un jeune laboratoire
En 2001, Denis Lafontaine, alors fraîchement nommé au FNRS, créait le
laboratoire " Métabolisme de l'ARN " au sein de l'Institut de biologie
et de médecine moléculaires à Charleroi : une spécificité unique en
Belgique que Denis Lafontaine a forgée au cours des dix années
précédentes qu'il passa à Heidelberg (EMBL) et à l'Université
d'Edimbourg (Wellcome Trust Centre for Cell and Molecular Biology).
Attaché à la Faculté des sciences de l'ULB, le laboratoire compte
aujourd'hui huit chercheurs dont une majorité d'étudiants étrangers. '
J'ai été nommé chargé de cours depuis environ six mois, ce qui devrait
me permettre d'attirer dans le laboratoire des étudiants de l'ULB
puisqu'actuellement, il n'y en a pas encore. Lorsqu'on a passé, comme
moi, dix années à l'étranger, on a souvent un réseau relationnel plus
étoffé en international ! ', confie Denis Lafontaine.
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